Journal "La Nouvelle" de Victoriaville, Section "Chroniques/Je me Souviens" |
Alors que Jessie n'a que 13 ans, son père, le docteur joseph Bettez, reçoit la visite d'un jeune médecin de Saint-Antoine sur Richelieu. Ce dernier, au moment de partir, dit en plaisantant à propos de Jessie : "Je reviendrai la chercher un jour". Ce jeune médecin s'appelle Louis Gravel. Peu après cette visite, la mère de Jessie reçoit une lettre d'une nièce en promenade à Saint-Pierre les Becquets : "Ici, on parle du mariage de Mlle Laveault avec le Dr Gravel. C'est un bien joli garçon..." Oui, il s'agit bel et bien du même Louis Gravel. Quatre ans plus tard, devenu veuf, Louis Gravel se rappelle la jolie jeune fille de Somerset. Elle est maintenant âgée de 17 ans. Jessie Bettez (1847-1901) et Louis Gravel se marient à Somerset (Plessisville), le 2 juillet 1864, et emménagent à Saint-Pierre les Becquets, où Louis exerce sa profession depuis déjà quelques années. Éloignée de ses parents, la jeune femme s'ennuie. À 21 ans, elle en est déjà à son troisième enfant lorsque le couple a la douleur de perdre sa première née, Amélie, à deux ans. Devant la peine de son épouse, Louis Gravel décide de se rendre à son désir de se rapprocher de ses parents. À l'été 1868, les Gravel déménagent à Stanfold (Princeville). Dix ans plus tard, la famille s'établit à Arthabaska, chef-lieu d'un vaste district judiciaire, où l'on trouve un hôpital, un collège des Frères du Sacré-Cœur et un couvent des Dames de la Congrégation. Il y deviendra l'un des premiers et plus célèbres médecins ayant pratiqué à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska. Médecin distingué, il sait faire honneur à sa profession et inspire la plus grande confiance à tous ceux qui se confient à ses soins. Bien qu'effacé, il a son importance et une place de premier rang lui est assignée parmi la pléiade de personnalités importantes qui ont gravité à Arthabaska. Louis Gravel est très digne, intelligent, bel homme et d'allure distinguée. Ses manières sont raffinées; l'homme a beaucoup d'esprit. Il est un fervent chrétien, d'une foi vive à toute épreuve. Dans cette ville, les Gravel retrouvent les Lavergne, dont ils sont de vieux amis. Très tôt, ils se lient d'amitié avec les autres familles qui constituent l'élite locale, dont évidemment Wilfrid Laurier, qui est le parrain de l'un des enfnats. Le docteur Gravel y fait construire une immense maison pour y loger les huit enfants que compte la famille. Cinq autres enfants viendront par la suite. Le docteur Gravel pratique la médecine pendant 20 ans; son beau-père Jopseh Bettez, arrivé dans la région en 1842, a exercé sa carrière médicale jusqu'en 1907. Il est décédé à l'âge de 80 ans. Louis Gravel est nommé Coroner du district d'Arthabsaka en mai 1879 par le gouvernement Joly et sa nomination est signée par le lieutenant gouverneur Letellier. Il est le médecin attitré du Collège des frères du Sacré-Cœur et de l'Hôtel-Dieu auquel il est très dévoué dès les pénibles débuts de la fondation de la maison. L'Hôtel-Dieu bénéfice quatre ans durant des soins gratuits de ce premier médecin, et lui doit en grande partie, la toute première organisation de la pharmacie. Dans les derniers mois de sa vie, le docteur Gravel agit comme député protonotaire avec les appointements de protonotaire conjoint. À l'automne 1888, une épidémie de grippe frappe les Bois-Francs et les régions avoisinantes. Pendant plusieurs semaines, le docteur Gravel se dépense sans compter auprès de ses malades, avant d'être lui-même atteint. Se trouvant au chevet d'un blessé, Moïse Poisson, il devra se livrer à une amputation dans des conditions fort difficiles (M. Poisson survivra à l'opération et décédera en juillet 1895). Le docteur rentrera chez lui, en sueur, au milieu de la nuit. Les jours suivants, malgré un épuisement évident, il refuse de s'aliter. Le 12 décembre, le curé de Princeville, François Baillargeon, et le docteur Gravel passent la soirée chez Onil Milot, alors aumônier des Frères du Sacré-Cœur d'Arthabaska. Les amis se quittent vers neuf heures. Louis Gravel décède subitement le lendemain. "La nouvelle de sa mort a causé une vive impression de douleur dans toute notre village où il comptait autant d'amis que de connaissances", écrit l'abbé Baillargeon. Ses funérailles attirent une foule nombreuse. Wilfrid Laurier, alors chef du parti libéral, est l'un des porteurs du cercueil. La dépouille du docteur Gravel repose au cimetière Saint-Christophe d'Arthabaska, là où un monument a été érigé par Laurianne Gravel-Hébert, de Gravelbourg en Saskatchewan. Dans une lettre à son fils, Henri, la veuve Jessie Bettez Gravel lui écrit que "le curé a parlé en chaire de ton père comme l'homme le plus pieux et le plus rempli de fois qu'il avait jamais rencontré dans sa vie. Vous savez qu'il a été huit jours malade mais il sortait quand même, il a été au lit deux nuits et un jour seulement... Le deuil ici a été public; je n'aurais jamais pensé qu'il était si aimé de tout le monde que cela..." Lors de son ouverture, en 1963, la polyclinique Gravel, au centre-ville de Victoriaville, a reçu ce nom en reconnaissance des nombreuses services rendus par cet éminent médecin. Une rue porte son nom dans le secteur Arthabaska.
"J'étais malade et vous m'avez soigné", Matt 25,36s . |
| BOURGEOIS, François | Industriel | |
| CROCHETIERE, Rosaire | Capitaine/Aumônier | |
| FLEURY, Alcide | Historien des Bois-Francs | |
| LAVERGNE, Armand | Avocat et politicien | |
| SUZOR-COTÉ, Marc-Aurèle | Peintre et sculpteur |
Cette page a été conçue le 5 Janvier 2004