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Rosaire Crochetière
Capitaine-Aumônier
1878-1918

C'est le premier nom inscrit sur le cénotaphe, devant l'Hotel de Ville de Victoriaville, en haut de la colonne de gauche, celle des soldats décédés à la Première Guerre mondiale 1914-1918 : Capt. abbé R. Crochetière. Aumônier du 22e Régiment canadien-français, il est mort au champ d'honneur, en France, dans l'accomplissement de son ministère, et legué à l'histoire de notre région et de notre pays un nom sans tache et le souvenir d'un héros du devoir hautement et noblement compris.

Rosaire Crochetière est né à Arthabaska le 19 juillet 1878. Son père, Alphonse, est imprimeur. Sa mère a pour nom Joséphine Cormier. Le petit Rosaire n'a que 19 mois quand elle meurt, le 17 février 1880. Conformément aux derniers voeux de sa mère, l'enfant est confié à sa marraine, Eveline Cormier, qui épouse plus tard Adolphe Picher. Le couple de Princeville adopte définitivement le jeune Rosaire qui n'oubliera pas pour autant sa mère.

De fait, dans une lettre du 18 décembre 1911, il écrit : "Je la regrette cette mère que je n'ai malheureusement pas connue et que j'aurais aimée à la folie. Pas une journée ne s'est écoulée sans m'apporter le souvenier de ma mère..."

Il fait ses premières classes chez les Frères du Sacré-Coeur à Arthabaska. Une fois ses diplomes obtenus, il se rend étudier la théologie au Seminaire de Nicolet. On le décrit franc, loyal, autant intelligent qu'aimable pour tous. Il est ordonné prêtre le 9 juillet 1905 par Mgr. Hermann Brunault, évêque du diocèse.

Successivement, il passe comme vicaire à Saint-Guillaume (1905-1906), à Saint-David (1906-1908), à L'Avenir (1908-1911), à Saint-Cyrille (1911-1912), à Sainte-Brigitte (1912-1916). Le 16 mars 1916, ce jeune prêtre à la taille imposante, devient aumonier du 178e bataillon.

Au jugement de ses supérieurs, l'abbé Rosaire Crochetière est l'homme tout trouvé pour faire un aumônier idéal auprès des soldats. Et il le prouve. Au Canada d'abord, il suit ses soldats à Victoriaville, à Sherbrooke, à Saint-Hyacinthe, à Valcartier. Joyeux camarade, il sait être ferme quand il faut autant que persuasif. Son dévouement n'a rien d'encombrant. Il se donne à "ses gars", comme il les appelle, sans trop s'imposer.

En septembre 1916, il passe en Angleterre avec le 150e, le bataillon du colonel Barré. Ce dernier ne tarit pas d'éloges en parlant de son sympathique et si populaire capitaine-aumônier.

Un an plus tard, à la fin du mois d'août, il part pour la France, au sein du 22e Régiment, cantonné au front dans le nord-ouest du pays.

L'abbé Crochetière est conscient que l'action est également une prière. Partout, il se montre actif et plein d'initiative. Il suit ses hommes jusque sur la ligne de feu. Il les prêche, les catechise, il est leur père, leur ami, leur frère, leur confident, leur guérisseur d'âme. Il célèbre la messe tous les jours. donnant jusqu'à 400 communions. Il récite quotidiennement son bréviaire, ce dont, dans les circonstances, d'après les directions de Rome, il pourrait se dispenser.

En France, il aide au ministère dans les paroisses ou il se trouve. Il fait le catéchisme aux enfants.   Il partage avec "ses gars" la vie pénible des tranchées.

"Vous dire, Monseigneur, que je n'ai pas tremblé serait mentir. J'ai eu plus d'une fois déjà royalement peur; mais Dieu qui me protège, m'a donné le sang-froid nécessaire pour garder mes nerfs et me tirer d'affaires", ecrit-il à son évêque, en se servant d'un pauvre crayon, à la lueur d'un bout de cierge allumé.

Sa première expérience dans les tranchées sera bien triste. Un obus de gros calibre tombé sur un abri tuera six personnes. Accouru en toute hâte pour prêter secours aux sauveteurs, il est impuissant à parvenir jusqu'à eux. Il tente de ramper à plat ventre à travers les débris pour leur donner les secours de la religion, mais il n'y parvient pas.

"Quelle journée terrible! Du sang, encore du sang, toujours du sang! Je vois rouge, il me semble que je trempe ma plume dans le sang", écrit-il à un ami.

Dans sa dernière lettre du 1er avril 1918, adressée à sa tante Éveline, il lui donne brièvement de ses nouvelles : "Je viens juste vous embrasser et vous dire que je me porte bien. Je n'ai pu dire la messe hier à Pâques. Amitiés a tous. Votre enfant. Rosaire."

Le lendemain, même si les bombardements font rage, le capitaine Rosaire Crochetière, toujours fidèle au poste, prodigue ses soins aux blessés et assiste les mourants qui affluent dans les modestes abris de tôle aménagés en postes de secours. Un obus tombe tout près de l'abri, defonce la tôle, frapppe le prêtre au coté gauche. La mort est intantanée, le matin du 2 avril 1918. Il est le seul canadien aumônier à avoir donné sa vie par dévouement au salut des âmes confiées à son ministère.

"C'est ainsi qu'il quitte la vie en laissant non seulement aux jeunes gens, mais aussi à toute la nation, le souvenir de sa mort, comme un exemple de vertu et de fermeté" (11 Mach.. VI, 33)

Les restes de ce prêtre-heros gisent dans le cimetière paroissial de Bailleulmont, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Arras, en France. Requiescat in pace!

En son honneur, le 16 mars 1971, la ville d'Arthabaska nomme la rue Crochetière, qui longe une partie de la rivière Gosselin.

Références : "Un coin des Cantons de l'Est", Joseph-Charles Saint-Amant; "Les Bois-Francs", par l'abbé Charles-Edouard Mailhot; la correspondance du Capitaine Crochetière et sa photo nous ont été prêtées gracieusement par sa nièce, Madeleine Doherty.

Avis
Monsieur Alain Bergeron, auteur de cet article, est à la recherche de photos, lettres, documents...etc, concernant le capitaine Rosaire Crochetière.
Mr Bergeron qui est présentement en train d'écrire une biographie de M. Crochetière peut être rejoint, soit par son adresse électronique aberg@ivic.qc.ca
ou à son adresse postale : 37 Lallier, Victoriaville, QC, G6P-9L5
Réponse assurée a ceux et celles qui se manifesteront.

BOURGEOIS, François
1918-2001
Industriel
CROCHETIERE, Rosaire
1878-1918
Capitaine/Aumônier
FLEURY, Alcide
1905-1997
Historien des Bois-Francs
LAVERGNE, Armand
1880-1935
Avocat et politicien
SUZOR-COTÉ, Marc-Aurèle
1869-1937
Peintre et sculpteur

D'autres personnalités seront ajoutées au cours des semaines qui suivent

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Cette page a été conçue le 23 Juin, 2001