Journal "La Nouvelle" de Victoriaville, Section "Chroniques/Je me Souviens" |
Cette chère Émilie. Flamboyante Émilie. L’une des femmes les plus remarquables de son époque, qui a enflammé l’imagination de ses contemporains, à qui l’on a prêté une relation amoureuse avec Sir Wilfrid Laurier. Un siècle plus tard, la rumeur tient bon, malgré les confidences de la principale intéressée au soir de sa vie, à son neveu, le journaliste Renaud Lavergne. En lui remettant un paquet de lettres que Wilfrid Laurier lui avait écrites, Émilie lui dit : “Elles t’aideront à mieux nous connaître. Tu sais que je l’ai aimé, mais quoi qu’on en ait dit, notre amitié a toujours été propre. Mais pourquoi te dis-je cela, je te le demande ? Tu me connais depuis toujours.” Dans son livre “Sir Wilfrid Laurier, portrait intime”, le journaliste et écrivain, Laurier L. Lapierre, rend un verdict tranchant : “... cette relation fut à l’époque - et depuis - mal interprétée par certains de leurs voisins et connaissances, par les commères, par les journalistes et par les historiens en mal d’histoire d’amour”, écrit-il en qualifiant cet “intense attachement” de platonique. Point à la ligne, aurait-il pu ajouter. On en sait très peu de l’enfance d’Émilie Barthe. On ne s’entend même pas sur son année de naissance. Selon Laurier L. Lapierre, elle serait née à Montréal en 1847. Dans le livre “Chère Émilie”, l’auteur Charles Fisher la situe... en 1850. Ce que l’on sait, c’est qu’elle est décédée le 9 août 1930, à l’âge de 81 ans. Il faudrait donc arrêter son année de naissance à 1849 ou 1848... Ses parents sont Joseph-Guillaume Barthe, homme politique et écrivain, et Louise-Adélaïde Pacaud. La famille Barthe séjourne à Paris de 1853 à 1855. Joseph-Guillaume y est envoyé par l’Institut canadien pour renouer des liens avec les Français. On retrouve la trace d’Émilie Barthe une vingtaine d’années plus tard, à Princeville, chez une tante, Madame Jérémie Pacaud, dans une belle et grande maison où la jeunesse d’Arthabaskaville est régulièrement invitée. Joseph Lavergne, avocat, rencontre Émilie Barthe, alors en visite, en 1874. Elle est une jeune fille élégante, de taille moyenne, pleine de vie, cultivée, à la conversation brillante. Son visage exprime ardemment ses sentiments. Joseph Lavergne n’y est pas indifférent. Vers la même époque, l’avocat Lavergne entre dans l’étude de Wilfrid Laurier, à Arthabaska. Le 2 novembre 1876, Émilie épouse son Joseph. Les nouveaux mariés quittent Princeville pour s’établir à Arthabaska, où ils s’y font construire une maison sur la rue de l’église (Laurier). Elle porte un nom coquet : vert logis. Ils l’habiteront pendant 20 ans. L’inscription demeure sur la porte d’entrée quelque 125 ans plus tard. Émilie et Joseph auront deux enfants : Gabrielle (en 1877) et Armand (1880). Son neveu, Renaud Lavergne, dira d’Émilie qu’elle est “maternelle par nature”, qu’elle cherche à cultiver ses enfants, elle qui adore lire et écrire. Émilie Barthe Lavergne est aussi une excellente maîtresse de maison. Elle reçoit beaucoup dans sa maison l’élite d’Arthabaska et les personnalités de passage au village. Les nombreuses réunions mondaines s’y tiennent. Et il y a... Wilfrid Laurier qu’elle a rencontré en 1874 à Princeville. Ils se voient régulièrement, discutent, s’écrivent, se confient l’un à l’autre. Ces fréquentations inusitées, même à la vue de tous, suscitent des commentaires. Mais les amis ne sont pas amants; ils se vouent tendresse, confiance et admiration... aussi préfèrent-ils laisser parler. “Entre Laurier et Émilie, naît progressivement la liaison romantique la plus célèbre de l’histoire politique canadienne”, écrit pour sa part Réal Bélanger, dans son livre “Wilfrid Laurier : Quand la politique devient passion”. L’amitié qu’Émilie porte à Laurier aidera celui-ci à devenir le Canadien-français que l’on a connu. Émilie Barthe s’en ouvrira un jour à son neveu, Renaud Lavergne : “Quand je rencontrai Monsieur Laurier, je m’aperçus bien vite que ce jeune député d’avenir n’était encore , sous certains rapports, que le pauvre petit cornichon de Saint-Lin (place natale de Laurier); que sa jeune femme n’était pas la personne qui lui en imposait assez pour lui apprendre même les éléments de l’étiquette nécessaire à un homme du monde, surtout à un homme politique destiné par ses talents variés à parvenir aux plus hautes charges. (...) Je lui fis admettre que ce manque d’éducation pourrait lui nuire auprès de l’élite anglaise qu’il était appelé à côtoyer à Ottawa. Je lui enseignai donc à manger, à s’habiller avec goût, enfin tout ce qu’un gentleman doit savoir. Comme c’était un homme d’esprit, il le comprit...” On connaît la suite : Wilfrid Laurier devient le premier Canadien-français au poste de premier ministre du Canada, en 1896. L’année suivante, le 4 août 1897, il nomme son ami et vieil associé, Joseph Lavergne, juge de la Cour Suprême à Ottawa. À l’aise parmi les grandes familles de la capitale, Émilie y mène grand train. Ses toilettes parisiennes y font sensation. Organisatrice hors pair, elle réussit d’éblouissantes réceptions et conduit de belles campagnes de souscriptions. En juin 1901, Joseph Lavergne est transféré à Montréal. C’est vraisemblablement au cours de ces années que cessera la correspondance entre Wilfrid et Émilie, après un échange épistolaire d’une vingtaine d’années. En 1902, les Lavergne se font construire une maison de 14 chambres à Saint-Irénée-Les-Bains, dans Charlevoix. Cette magnifique résidence existe encore 100 ans plus tard et elle est devenue l’Auberge des Sablons. Joseph Lavergne est nommé juge de la Cour d’Appel, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort le 9 janvier 1922. En juin de la même année, Émilie vend la maison de Charlevoix et passera les dernières années de sa vie, chez les Soeurs Grises à Montréal. Cette chère Émilie est décédée le 9 mai 1930 à l’âge de 81 ans, à Montréal. Selon ses dernières volontés, sa dépouille est inhumée le 13 mai dans le cimetière de l’église Saint-Christophe d’Arthabaska, dans le lot familial des Lavergne, dont Joseph, et son fils Armand. |
| BOURGEOIS, François | Industriel | |
| CROCHETIERE, Rosaire | Capitaine/Aumônier | |
| FLEURY, Alcide | Historien des Bois-Francs | |
| LAVERGNE, Armand | Avocat et politicien | |
| SUZOR-COTÉ, Marc-Aurèle | Peintre et sculpteur |
Cette page a été conçue le 5 Janvier 2004